> .tOmate d’épingles. <

Rencontre avec Guylaine , fondatrice de .tomate d’épingles. , une entreprise de bijoux recyclés. J’ai découvert son travail il y a de cela 3 ans dans une boutique du Vieux Québec et avait été séduite par ses boucles d’oreille en pellicule et diapositive. C’est donc avec une grande joie que je me suis rendue dans son atelier de production en ce premier jour de juillet. > Entrevue !

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O de miss O : Peux-tu te présenter et nous raconter le parcours et l’histoire de .tomate d’épingles. ?
A l’origine j’ai commencé .tomates d’épingles. avec ma sœur il y a 8 ans. Au début c’était vraiment un passe-temps , ma sœur et moi avons toujours été un peu excentriques et nous ne trouvions pas les bijoux qu’on voulait dans les magasins, alors nous avons commencé à faire nos propres bijoux.  Nos amis nous ont ensuite encouragées à leur en faire, à leur en vendre. Nous avons décidé de faire ça pour le plaisir, nous n’avions aucun plan d’affaires au départ.
Ça a fait boule de neige super rapidement, on est passé d’un point de vente en ligne sur Etsy en 2006 à 30 points de vente physiques en 2008. Il y a deux ans et demi ma sœur est partie vivre à Montréal donc depuis je continue l’aventure seule.
OdmO : Ton travail repose avant tout sur le recyclage, la récup’ de matériaux. Peux-tu nous dire comment ça a commencé et comment ça se passe?
On s’est assez rapidement spécialisé dans les bijoux recyclés parce qu’on n’est pas des gaspilleuses de nature, on accumule aussi beaucoup. Nous nous disions « Rien ne se perd, rien ne se crée », on avait déjà tendance à acheter des bijoux qu’on transformait parce qu’on n’était pas totalement satisfaites. Finalement, nous avons continué à faire quelque chose de différent avec ce qui existait déjà, comme les cravates, comme les pellicules de films.

Des fois les matières se présentent à nous sans qu’on ait besoin de les chercher comme par exemple les pellicules de films : c’est une amie qui travaille dans une bibliothèque de Cegep qui les a trouvés en faisant du ménage, il y avait des diapositives, des diaporamas, toutes sortes de choses utilisées dans les années 70 et 80 qui ne le sont plus aujourd’hui. En faisant un élagage et les rassemblant dans une boîte, elle est venue me voir avec la certitude que je serais capable de faire de quoi avec. On a fait plein de tests, on a beaucoup travaillé la matière pour y arriver et finalement c’est ça notre signature, c’est ce que les gens connaissent de .tomate d’épingles. .

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Evidemment je recycle mais j’essaie de faire le moins de perte possible dans la découpe de la matière par exemple. Au début j’éditais des notebooks sur papier en me disant que c’était un mal nécessaire mais j’ai pris la décision depuis l’année passée d’arrêter cette impression qui est devenue exclusivement virtuelle. C’est donc vraiment écolo et recyclé dans tout le concept, pas juste le bijou.
Parfois les matériaux viennent à moi, comme lors d’événements où les gens me les donnent, parfois je les cherche, les trouve. J’adore les marchés aux puces, les ventes de garage l’été. Finalement, c’est beaucoup de recherche, ça n’a l’air de rien, la matière première ne me coûte pas chère mais c’est énormément de kilométrages, de fouilles, de nettoyage. La matière ne coûte rien mais je passe énormément de temps à l’organiser avant de pouvoir l’utiliser.
OdmO : Qu’est-ce que .tomate d’épingles. t’apporte au quotidien?
J’adore faire ça, j’ai tout le temps des idées pour de nouveaux designs, j’adore la mode et j’ai toujours été intéressée par cet univers. C’est donc pour moi comme un prolongement de mon identité. C’est très gratifiant aussi, quand je me promène dans la rue de voir une fille qui porte mes boucles d’oreille. C’est plein de petits plaisirs pour moi dans mon atelier, à créer, partir à la recherche de petits trésors. Je rencontre aussi des gens très intéressants et c’est pour moi très stimulant.
La communauté à Québec de personnes qui créent leurs vêtements ou leurs bijoux ou autres, les artistes en général de Québec sont super stimulants. Ce sont des gens très passionnés et ils sont très ouverts à partager aussi leurs astuces, leurs conseils sur telle technique ou tel matériel. On n’a pas une attitude de chasse gardée, on s’encourage les uns les autres et c’est donc très plaisant de côtoyer toutes ces personnes.
OdmO : Depuis quelques temps il y a une véritable croissance du fait main, du DIY et de la production recyclée, c’est une très grosse tendance actuellement. Que penses-tu de ce phénomène?
Je pense que le fait main revient à la mode pour plusieurs raisons. Premièrement c’est sûr que l’économie mondiale qui ne va pas bien influence, les gens ont moins d’argent donc ils ont tendance à faire les choses eux-mêmes ou simplement réparer eux-mêmes plutôt que d’acheter. Je pense que les gens sont de plus en plus conscientisés face à l’environnement et tendent à mieux consommer tout simplement.
Sinon ça revient aussi à la mode parce que les gens ont peut-être un intérêt face aux choses que nos ancêtres faisaient. J’ai des amis gars qui tricotent les fins de semaine et je pense qu’on a réalisé que de ne pas savoir faire ça c’est le perdre tout simplement. Ce sont des personnes de plus en plus âgées qui connaissent des techniques utilisées depuis la colonisation disons, puis même avant. Et ça se perd parce que nos mères ne faisaient pas vraiment ça et ne nous l’ont pas montré, alors plus personne ne le fait. Donc je pense qu’il y a un regain d’intérêt pour ces techniques et  c’est tant mieux.
OdmO : Semaine de la Mode de Montréal, Fashion Jam, Festival Québec Mode, plusieurs articles élogieux dans la presse dont le prestigieux magazine Vogue… en 5 ans .tomate d’épingles. a connu une croissance fulgurante et une belle reconnaissance.
A quoi est dû ce succès selon toi?
Je ne sais pas, si je le savais j’engagerais des gens pour moi, haha! Je pense que le fait que le design soit beau a aidé parce que dans ma revue de presse, c’est beaucoup de magazines de design qui m’ont contactée. On dirait que le design est plus important que le fait que ce soit à la mode. Le fait que ce soit différent aussi. J’ai pas mal de journalistes qui ont tripé sur mes bijoux et qui en ont beaucoup parlé alors c’est sûr que ça aide. Je n’ai pas contacté les magazines, ni les festivals de mode et encore moins le magazine Vogue alors on peut dire aussi que le bouche à oreille à bien contribué à ce succès. Je n’ai pas le contrôle là-dessus et je pense que ça m’a bien servie. Je pense que j’ai été assez chanceuse aussi, je n’ai pas honte de le dire et que j’ai su utiliser ce qui m’est arrivé. On a débuté avec ma sœur au moment où le recyclé commençait à être populaire alors je me dis qu’on a peut-être été au bon endroit au bon moment.
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Y a-t-il eu des changements dans ton travail, ton organisation depuis?
C’est sûr que c’est arrivé trop vite, on est passé d’un passe-temps à une trentaine de points de vente. Pour commencer on faisait que de la consignation. Il y a une année où on a vendu plus de 1500 bijoux sur 5000 que je fabriquais dans mon salon. C’est énorme mais les 3500 restants n’étaient pas tous revenus en bon état, certains poussiéreux, d’autres avaient été essayés plusieurs fois au point d’être très abîmés et invendables. Après cette expérience, on s’est aperçu qu’on faisait trop de bijoux (deux voire trois collections par année) et que l’aspect écologique de notre démarche passait à la trappe sans qu’on s’en rende compte.  On a alors décidé de faire une collection par année, on a arrêté les consignations parce que c’est trop exigeant au niveau de la préparation. Et comme tout n’est pas vendu, ce n’est pas écologique : désormais on prépare à la commande, on évite ainsi les pertes.
C’est sûr aussi qu’avec le temps j’ai appris à évaluer mon travail, je connais le temps que ça me prend de créer tel modèle. C’est difficile de commencer et de bien planifier son prix de vente, le temps réel, la difficulté à réapprovisionner si jamais je n’ai plus de matière.
OdmO : Parle-nous de ta dernière collection. Je crois que tu en es particulièrement fière : pourquoi?
La collection de cette année est beaucoup plus proche de ce que je suis, beaucoup flyée que celle de l’année passée et toute en légèreté. Cette année c’est une collection fluo, avec de la fourrure recyclée; ça faisait un moment que je n’avais pas touché à cette matière et j’ai utilisé de la fourrure de mouche à pêche. J’avais envie de formes géométriques, triangle, rond… C’est une collection qui ressemble à ce que j’ai vraiment envie de porter comme bijoux. La première fois que je les ai présentés c’était en juin dernier au Salon Nouveau Genre et il y a des modèles qui ont été tous vendus. Il y a eu une super bonne réception alors je suis vraiment contente.

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Et puis j’ai ressorti aussi de toutes petites perles en acier qui ont plus de cent ans et des longues perles en verre des années 20. Mais plutôt que d’y aller dans le lourd et clinquant, j’ai essayé de faire des modèles beaucoup plus épurés, minimalistes, simples et qui n’ont pas du tout l’air recyclés.
Je suis assez contente de cette collection car j’ai réussi à rassembler d’un côté des modèles excentriques et de l’autre des bijoux plus sobres.
OdmO : Que peut-on souhaiter à .tomate d’épingles. pour les prochaines années? Y a-t-il de nouveaux projets en vue, de nouvelles collaborations?
Dans un futur assez proche je vais sûrement organisé un pop up shop. C’est beaucoup de gestion mais ça fait longtemps que j’en ai pas fait et ça me tente pour la fin de l’été. Ce sera probablement un pop up plus petit que les autres fois, vraiment trié sur le volet : pas plus de cinq artisans dans un petit lieu. Je souhaite présenter une plus grande cohésion aussi dans les choix pour que les visiteurs puissent se faire un ensemble : bijoux, sac, vêtement, chapeau…
Pour l’année prochaine, j’ai commencé à designer les bijoux et j’aimerais tester une nouvelle méthode de promotion: j’aimerais faire un lancement virtuel et pas juste physique; pour moi la meilleure manière de faire ça, je crois, serait de faire de la vidéo, plusieurs petits films pour présenter la nouvelle collection, ça va être une nouvelle expérience pour moi. Tout est prêt, il manque seulement les nouveaux bijoux 2015 !  Alors ce qu’on peut me souhaiter c’est que ça marche !
Et puis dans deux ans ça fera 10 ans qu’on a démarré cette aventure alors il faut penser à ça aussi. Peut-être je ferais un défilé, ça fait longtemps que j’en n’ai pas fait. Ça pourrait être un projet intéressant.

OdmO: le mot de la fin ?
Consommez mieux, encouragez l’économie locale parce que c’est pas juste écologique, c’est aussi bon pour l’économie mondiale.
Pis ayez du fun !

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